(Article par Clarisse - Photo Club ayaas)Yvonne m'a raconté qu’un samedi soir, à la poste, elle a passé presque trois heures devant le comptoir de son frère, situé non loin d’un arrêt de bus très fréquenté. En observant les passagers qui montaient et descendaient des bus, elle a curieusement noté qu’il y avait un garçon sur dix filles. C’était déconcertant de voir combien les filles sont plus nombreuses que les garçons. Je me suis dit: ça alors! Si le garçon devait prendre une fille en mariage, que deviendraient les neuf autres filles? Seraient-elles condamnées à rester célibataires? Ou devraient-elles attendre les veufs ou les divorcés? Et pourquoi pas la polygamie pour donner à ces filles la possibilité de partager le bonheur du mariage?
Le mari de ma cousine, fils d’une chefferie, a été contraint à devenir polygame: on lui a offert deux autres femmes. Accablée et inquiète de la nouvelle situation de son foyer, ma cousine a demandé conseil à sa belle-mère. Celle-ci lui a dit: «En tout cas tu es chanceuse. Serais-tu capable de répondre à tous les besoins de ton mari? La présence d’autres femmes t’aidera à rester en état de conquête. En outre, les autres femmes t’aideront dans tes travaux ménagers, et, si chacune à sa maison, tu auras plus d'autonomie. En rentrant de ton travail, fatiguée, tu ne seras pas obligée à faire la cuisine pour ton mari car une autre t'aura aidée».
Pourtant la plupart des femmes sont contre la polygamie. Il suffit de poser la question à un, deux ou trois d’elles pour s’en convaincre. Elles diront toutes non à la polygamie! Mais ceci est un problème grave pour notre planète. Se renfermer dans notre égoïsme, c’est courir le risque de l’échec, car nous sommes à la fois fille, mère et femme. Qu’en serait-il de nos filles si une seule sur trois se mariait et deux sur trois n’avaient de propositions que des hommes mariés? Tandis que faire taire l’égoïsme et écouter un peu plus la raison, c’est permettre à toutes les autres femmes de vivre l’expérience du mariage.
Je sais ce que je dis. Née d’un père polygame, je n’avais que six ans à sa mort. Etant la cinquième femme, ma mère n’avait pas assez de moyes pour s’occuper de ses six enfants. C’est plutôt le fils de la première femme (mon grand frère) qui m’a prise en charge en payant mes études jusqu'en classe de terminale. Je pense que je n’aurais pas eu cette chance si mon père avait été monogame; nous aurions fini à la rue, peut-être, ou je ne serais pas née!
Vous direz certainement qu'il faut divorcer lorsque l'on se rend compte que le mari aime quelqu'une d'autre. Mais que deviendraient nos enfants, qui ont besoin de leurs deux parents? Leur avenir devrait être une priorité. Le constat général est qu’il est rare que les enfants soient unis après le divorce de leurs parents. Et puisque nos Etats ne sont même pas en mesure de prendre soin des orphelins, il n'y a que la solidarité qui puisse les protéger actuellement. Certes, la polygamie vaut mieux que le divorce. (Clarisse)