dimanche, mai 13, 2007

La dot africaine

(Réflexion ayaas - Peinture Ndele)

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Pour ou contre la dot? Je pense précisément à la dot versée par un homme pour demander une femme en mariage. D’après Le Petit Larousse 2004, le vocable ‘dot’ signifie «Biens qu'une femme apporte en se mariant. Biens donnés par un tiers et par contrat de mariage à l'un ou à l'autre des époux.» Et le ‘mariage’, l’ «Acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union dont les conditions, les effets et la dissolution sont régis par les dispositions juridiques en vigueur dans leur pays, par les lois religieuses ou par la coutume». La dot africaine, tel est le sujet qui me préoccupe depuis quelques années et pour lequel je viens auprès de toi, riverain, riveraine, homme ou femme du terrain, afin de bénéficier de ta sagesse. «Si la rivière fait beaucoup de détours, parfois inutiles, avant d’arriver à son embouchure, c’est parce qu’elle n’a pas voulu demander conseil aux riverains», dit un proverbe africain. Dois-je percevoir la dot de mes nièces comme le veut la coutume?

Tenter d’élucider les motivations traditionnelles de la dot africaine, c’est vouloir redonner au mariage son vrai sens coutumier en invitant certains parents à une nouvelle prise de conscience, et de nombreux jeunes désemparés à assumer leur responsabilité dans le contexte actuel de la société africaine. Chose évidente, la plupart des jeunes sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. Ils "se trouvent à l'étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d'épanouissement". Aussi accusent-ils le passé d'être cause des malheurs du présent.

Ma conviction est que la pratique actuelle de la dot africaine est une forme d'agression contre la femme. Malheureusement, la femme qui, pendant ces dernières décennies, ne cesse de revendiquer ses droits se plaît dans la dot, cette institution universelle rencontrée en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique depuis la période antique. La dot demeure une source de profit dans beaucoup de pays subsahariens, et le mariage chrétien fonctionne mal, comme le constatait le cardinal Malula, d'heureuse mémoire. On dirait que la valeur de la femme mariée se mesure au montant payé pour l'épouser! La dot serait-elle mal comprise aujourd’hui?

Traditionnellement, le lien tissé entre deux familles est matérialisé au moyen de la dot, qui représente en quelque sorte leurs consentements. Perdant progressivement son sens de symbole d'alliance, la dot est devenue presqu’une source de revenus quand bien même cela varie d'une ethnie à l'autre. Certains parents considèrent la bonne éducation scolaire de leur fille comme un moyen pour exagérer avec le prix de la dot. «La pratique a gagné du terrain et est devenue pour les uns un moyen de chercher à s´enrichir et un moyen de démontrer leur pouvoir si bien que certains hommes se croient en droit de maltraiter leurs femmes.» En RDC, par exemple, rien de plus choquant que le système de "facturation" ou l’état de besoins présenté au fiancé par la famille de la fiancée. Le prix est souvent exorbitant.

Quel sort réserver aux candidats amoureux mais incapables de payer la dot? Certains renoncent carrément au mariage, d'autres s'endettent infiniment, et d'autres encore prennent un «raccourci», l’option qui consiste à avoir un ou plusieurs enfants avec sa fiancée sans jamais doter, en dépit de la pression familiale. Mais malheur à ce couple désobéissant! Le premier enfant qui tombera peut-être de la malaria sera considéré comme victime de leur obstination; et l'absence d'un acte juridique issu du mariage civil fermera les portes au mariage chrétien.

La dot devient tellement un profit matériel que certains autres parents n’hésitent pas à poursuivre leur fille jusqu’au couvent en réclamant la somme que la famille aurait pu obtenir le jour de son mariage. Parfois, la communauté religieuse paie le montant exigé en espérant libérer la candidate de cette obligation familiale. Véritable illusion! Loin de séparer, la dot unit plutôt les personnes surtout en cas de tristes événements, en tissant des liens plus étroits avec une autre famille. Tout porterait donc à croire que la dot est une autre forme de discrimination ou de violence faite à la femme. (ayaas)